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couru à former l'Ecole française. Plus tard, en cherchant à
élargir sa manière, l'auteur de Galatée avait un peu battu les
buissons.
Est-ce une erreur de mon jugement ? Il me semble qu'en
voulant faire grand, il faisait gros. Dans sa jeunesse, il se lais-
sait aller à sa nature, sans arrière-pensée, montrant les plus
heureux dons naturels, un sentiment pénétrant, une couleur
éclatante, une vitalité prodigeuse, un charme irrésistible.
Croirait-on maintenant, pourrait-on même supposer qu'il fut
traité alors de révolutionnaire, de musicien trop avancé! C'est
pourtant la vérité. Il me souvient des lances que j'ai rompues
pour Galatée. notamment avec les musiciens de l'orchestre du
théâtre; et, comme je cherchais à connaître les causes de leur
hostilité, je finis par découvrir cette chose affreuse: l'auteur, à
mainte page de sa partition, avait divisé les altos! Il est certain
qu'un homme capable de semer la division dans l'honorable
coips des altos avait mérité toutes les haines!
Les temps sont bien changés. Massé est classé, maintenant,
dans les ,,pompiers", avec Gounod, avec Ambroise Thomas,
avec tous ceux qui n'ont pas pour les accords faux une passion
immodérée, par la volée d'étourneaux qui s'est abattue, depuis
quelques années, sur la critique musicale. Un de ces messieurs
comparait, un jour, la fraîche et pimpante sonnerie de cloches
qui ouvre les Noces de Jeannette avec le solennel carillon de
Parsifal; on devine de quel ton et avec quel dédain. C'est le
comble de la balourdise. Cette sonnerie est celle du clocher de
Sceaux, que Massé entendait chaque fois qu'il allait à Aulnay,
chez son ami Jules Barbier; il l'avait prise sur nature. Agreste,
elle ne saurait convenir à une situation solennelle et mystique,
et le carillon de Parsifal paraîtrait ridiculement lugubre dans
une paysannerie. Mais qu'importe ? Il suffit que le talent de
Massé ait été français, et bien français, pour mériter le mépris
de certains Français, qui semblent avoir pris pour devise:
„Charité bien ordonnée commence par les autres."